fiche santé

Insuffisance des moyens en EHPAD

Contexte :

MANQUE DE PERSONNEL EN ÉTABLISSEMENT: LA SANTE ET LE BIEN-ÊTRE DES SÉNIORS MENACÉS, risques de non-bientraitance, repas écourtés, journées passées au lit, toilettes tardives malgré les draps et vêtements souillés: en maison de retraite ou à l’hôpital, le manque de personnels auprès des personnes âgées peut conduire à une forme de « maltraitance », un constat partagé par les familles, les soignants et les médecins.*

 

Objectif :

  • bientraitance des personnes âgées dépendantes en EHPAD
  • recherche de solutions alternatives en matière de soutien à domicile

Périmètre : 4ème circonscription et pays entier.

 

Conditions de réussite : participations du Conseil départemental et de la CNSA

 

Différentes initiatives :

Application de la loi n° 2015-1776 du 28 décembre 2015 relative à l’adaptation de la société au vieillissement

https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000031700731

 

« A quand des moyens dignes en soins de longue durée » (SLD), s’interroge dans un tweet le gériatre Christophe Trivalle, dévoilant un rapport interne de l’Assistance-Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) sur ces structures où vivent les seniors trop malades pour les maisons de retraite. 
Daté d’octobre 2015 mais toujours d’actualité, selon le médecin, le document évalue la charge de travail des soignants dans cinq unités du CHU francilien (Bretonneau, Paul-Brousse, René-Muret, Rothschild, Sainte-Périne). 
Son constat ? « Les soins prodigués ne sont pas en adéquation avec les soins requis ». En moyenne et par patient, les aides-soignants disposent de 12 minutes pour la toilette du matin, 6 pour le change du soir, et… 4 pour l’aide au repas, bien loin des 10 à 15 minutes minimum nécessaires. 
Certes, il s’agit de moyennes, certains séniors s’alimentant seuls. Mais sur le terrain, les personnels « jonglent », confirme Martine Desmarest, ex-cadre à Paul-Brousse, retraitée depuis peu.
« Impossible » de faire manger un patient en 4 minutes, s’offusque Sylvie (le prénom a été changé), ancienne aide-soignante à René-Muret. Sauf que souvent, « le repas est donné rapidement, le patient tousse, alors le soignant stoppe ».
En cause, le manque d’effectifs, comme souvent à l’hôpital, soumis à de fortes contraintes budgétaires. Avec les arrêts non remplacés, ou le weekend, « il est arrivé très souvent qu’on tourne à 3 aides-soignantes et demie » au lieu de 5, pour 49 patients.
D’autant que le « long séjour n’attire pas » les consoeurs, relève Sylvie, décrivant la pénibilité des toilettes « à la chaîne », avec des patients qui parfois « dépiautent leur couche, mettent des selles partout » ou restent un moment dans leur urine. « Après on s’étonne qu’ils aient des escarres! », s’indigne-t-elle.
– Une charge de travail alourdie –
L’AP-HP n’est pourtant pas la plus mal lotie. En SLD, le ratio en personnel soignant (infirmier, aide-soignant, agent hospitalier) est de 0,8 par lit, un chiffre conforme aux préconisations gouvernementales, datées de 2007, mais inférieur au ratio d’1,1 suggéré dans le rapport, « resté lettre morte », déplore M. Trivalle.
En Ehpad (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes), c’est encore pire, commente Pascal Champvert, le président de l’AD-PA (association de directeurs de maisons de retraite). Entre 2007 et 2010, plus de la moitié des lits de SLD ont été convertis en places d’Ehpad, moins médicalisées et donc moins coûteuses pour l’assurance maladie, mais pas toujours adaptées à l’état des résidents, selon M.Champvert.
Lui milite pour un ratio de 8 personnels « tout compris » (en comptant « jardinier, cuisinier, directeur… ») pour 10 résidents, contre une moyenne de 6 pour 10 dans l’ensemble des 8.000 Ehpad de l’Hexagone.
« N’oublions pas le chemin considérable » accompli depuis 15 ans, notamment en matière de formation des personnels, pondère Florence Arnaiz-Maumé, déléguée générale du Synerpa (syndicat des établissements privés), saluant l’action des pouvoirs publics, notamment la loi d’adaptation de la société au vieillissement entrée en vigueur en 2016.
Grâce à elle, « 85% des Ehpad verront leur dotation soins revalorisée » pour un renforcement des « moyens humains », a récemment souligné la ministre de la Santé Marisol Touraine. Et 100 millions d’euros supplémentaires sont versés chaque année depuis 2012 pour leur médicalisation.
Lundi, le candidat à la présidentielle Benoît Hamon a redit vouloir augmenter de 3 à 5 le nombre d’aides-soignants par structure, en visitant un Ehpad de Bry-sur-Marne, près de Paris, où François Fillon avait, lui, plaidé pour une augmentation du temps de travail et invoqué la dette.
Reste un constat indéniable: la charge de travail s’est alourdie, selon une récente étude du ministère de la Santé. Avec une politique favorisant le maintien à domicile des séniors, leur entrée en établissement se fait plus tardivement, pour un niveau de dépendance accru.
Conséquence, « sans augmentation importante des moyens », les cadences s’intensifient pour les personnels, « engagés », qui évoquent la « pression de la pendule » au détriment du relationnel et « en viennent régulièrement à parler de maltraitance, même passive, à l’égard des résidents », d’après l’étude.
Maud, aide-soignante intérimaire en Bretagne, refuse de remettre les pieds dans certains Ehpad, où elle se retrouve seule « pour 15 personnes », où les couchers débutent à 15 heures… et où on lui demande de retirer la robe qu’elle vient d’enfiler à une « petite mamie » pour la mettre par-dessus sa chemise de nuit « parce que ça ira plus vite le soir ».
– Peur des représailles –
Les tensions organisationnelles n’échappent pas aux proches des résidents, qui alertent « beaucoup trop souvent » la Fnapaef (fédération des amis et familles des personnes âgées), selon son président Joseph Krummenacker. 
Ni au Défenseur des droits, pour qui les effectifs sont « le noeud du problème ». Un quart des requêtes reçues par son pôle santé portent sur des établissements. La grande majorité concerne des « violences par excès (surmédication, par exemple) ou négligence », « beaucoup plus rarement » des « violences physiques ».
Mais peu de proches acceptent de témoigner nommément, craignant des représailles. Comme Gabrielle (le prénom a été changé), qui sollicite depuis 2012 des auxiliaires de vie extérieures pour aider sa mère à manger. 
Un impératif « vital » compte tenu des troubles de la déglutition de son aînée. Et coûteux : 1.200 euros par mois, en plus des 2.500 euros mensuels facturés par son Ehpad parisien. 
Représentante des familles dans un établissement francilien, Christiane Antoine constate leur « peur » face aux « dentier perdu, prothèse auditive éteinte, bas de contention mal mis » remarqués lors des visites. Sans parler de la tendance à « coucher très tôt » les personnes « très handicapées », en dépit de leur intérêt potentiel « pour un documentaire, de la musique »…
Or celles-ci pourraient devenir bien plus nombreuses : d’après l’Insee, en 2040, les personnes de 75 ans et plus représenteront près de 15% de la population, contre 9% actuellement. 

AFP

 

Fédération nationale des associations de directeurs d’établissements et services pour personnes âgées

FINANCEMENT DE LA DÉPENDANCE : LA FNADEPA S’INQUIÈTE DU DÉSENGAGEMENT DES DÉPARTEMENTS

Le 18 avril 2017

[Communiqué de presse] 

La FNADEPA s’alarme de la baisse de financement de la dépendance par les départements à l’occasion de la mise en œuvre de la réforme de la tarification des Ehpad. Elle réclame plus de transparence et une révision de la nouvelle équation tarifaire de la dépendance qui, en l’état, pénalise certains établissements et la qualité d’accompagnement des personnes âgées.

Les inquiétudes de la FNADEPA soulevées lors de l’élaboration de la réforme de la tarification des Ehpad se confirment. En effet, le financement des Ehpad fait l’objet d’une réduction des moyens consacrés à la dépendance, dès cette année et pendant les 7 ans à venir, pour les établissements dont les tarifs sont supérieurs à une moyenne départementale. Cette moyenne devait être établie pour le 1er avril par chaque conseil départemental.

Les premiers retours des FNADEPA départementales font état d’une application disparate de la mesure, chaque conseil départemental l’interprétant à sa manière. Plus encore, la FNADEPA constate un nivellement par le bas des contributions « dépendance » de plusieurs départements, la valeur de référence(1) variant par département de moins de 6 € à plus de 9 €, sans aucune transparence sur les modalités de calcul.

« C’est une véritable cacophonie selon les territoires, cela dépend de leur engagement en faveur des personnes âgées », s’indigne Claudy Jarry, président de la FNADEPA. « Les départements sont exsangues, nous le comprenons, mais nous ne saurons accepter qu’ils décident de faire des économies sur le dos de nos aînés. En outre, une équation tarifaire ne pourra jamais tenir compte de la réalité des situations. La baisse des dotations dépendance et l’obligation de convergence tarifaire va se traduire, pour certains établissements, par une diminution parfois très importante de leurs moyens au fur et à mesure des années. Au final, ce sont toujours les personnes âgées qui en pâtissent. »

Face à cette situation, la FNADEPA demande plus de transparence dans l’établissement de la valeur de référence départementale, avec la transmission par les conseils départementaux de l’ensemble des composantes de son calcul. Elle réclame également une révision de l’équation tarifaire qui, en l’état actuel, met en jeu directement la qualité d’accompagnement de nos aînés.

Elle s’alarme de ce nouveau coup de boutoir à l’encontre des ratios d’encadrement en personnel, de la qualité d’accompagnement et, au final, des personnes âgées. Ajouté aux fortes incitations des départements auprès des Ehpad pour qu’ils se déshabilitent de l’aide sociale, il confirme une tendance de fond d’un désengagement des départements de leurs obligations sociales et solidaires.